L'allumage par rupteur interne


Dans l'allumage classique par batterie, bobine et rupteur, on fait passer le courant de la batterie dans le primaire de la bobine, qui possède une inductance forte et une résistance faible. Sur le trajet du courant se trouve le rupteur (les vis platinées). Au moment où on ouvre le rupteur, on ouvre le circuit et le courant dans la bobine cesse brutalement de circuler. Mais comme la bobine a une forte inductance, elle a emmagasiné une forte énergie. Une surtension apparaît aux bornes du rupteur (et aux bornes de la bobine, mais dans l'autre sens). La bobine est un transformateur élévateur de tension et on retrouve alors aux bornes du secondaire une crête de tension suffisante pour générer une étincelle à la bougie. La surtension aux bornes du rupteur crée aussi une étincelle entre ses deux contacts, mais un condensateur de capacité appropriée l'atténue pour ne pas dégrader les contacts sans pour autant trop raboter la crête de tension. Accessoirement, ce condensateur entre en résonance momentanée avec l'inductance de la bobine, et c'est un train d'étincelles qui se produit à la bougie et non une étincelle unique.

On comprend donc que pour générer une étincelle dans le cylindre, on pourrait se passer de bougie, de bobine-transformateur, à condition que le rupteur se trouve DANS le cylindre. L'étincelle entre les contacts au moment de l'ouverture enflammerait le mélange air-essence. C'est hardi, mais c'est ce que Deronzière breveta en 1906. Et ça fonctionnait, puisque le système n'a pas été utilisé que par cette marque. Voir la page Histoire à ce sujet, ainsi que le numéro 37 (avril 2001) de Motos d'hier.

Fonctionnement

Le fonctionnement est simple à imaginer : une tige traverse la paroi du cylindre ou la culasse, à travers quelque chose qui assure à la fois l'étanchéité et l'isolement électrique vis à vis de la masse. Elle peut se mouvoir pour venir toucher une pièce à la masse. Quand la tige est en contact avec cette pièce, le courant électrique passe du générateur vers la masse. C'est une came entraînée par le vilebrequin qui déplace la tige. Dès que cette came écarte la tige de la pièce à la masse, le contact est rompu, et l'étincelle apparaît, à cause de la caractéristique fortement inductive du circuit. Le générateur est une magnéto basse tension (100 Volt alternatif environ).

Bien sûr ceci n'est possible que parce que le taux de compression dans le cylindre est très bas, permettant l'étanchéité de la tige à la traversée de la paroi du cylindre.

Le système Deronzière sur une Superior

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Sur cette vue du haut du moteur, on distingue le support du système de rupteur, avec son ressort de rappel à droite. Le fil métallique gainé de coton relie la magnéto à la "bougie". Il est ici débranché. La faiblesse de son isolement dénote un réseau à basse tension.
Le support du système, fixé sur la culasse par trois goujons. Vue de dessous. La pièce mobile appuie sur la bougie : le contact est fermé et le courant passe. Même vue : le contact est ouvert.

 

Raffinement supplémentaire

L'avance pouvait être réglée par ce système. En effet, la tige de commande du rupteur qui prend appui sur la came avait deux degrés de liberté :

C'est en faisant varier l'avance que l'on règlait l'allure, l'action sur les gaz étant presque accessoire : quand les gaz étaient réglés, on n'y touchait plus ! (informations de Guy Amérigo). 

10 décembre 2015